27. juin, 2020

La multiplication des pains

Depuis quelques semaines, je me suis remise, de façon assidue, à bénir mes repas avant de commencer à manger.

Le bénédicité est entré dans ma vie, lorsque mes enfants étaient jeunes. Nous partions tous les étés vivre une semaine de vacances dans un camp familial chrétien. Lors de nos séjours, nous étions près de 80 campeurs à chanter en cœur divers bénédicités. C’était la moindre des choses de remercier le Seigneur pour la profusion de nourriture qui nous était offerte et, ainsi, de ne pas tout tenir pour acquis!

Pendant quelques années, à la maison, nous avons gardé la tradition du bénédicité. Puis nous l’avons délaissée. Et même si nos enfants, devenus grands, ne souhaitaient plus chanter cette bénédiction, une de nos filles aimait rappeler à son frère la chance que nous avions d’avoir de la nourriture, tous les jours, sur la table.

Au cours de ces années, le bénédicité est revenu de temps en temps en moi, soit naturellement ou soit par un contexte qui s’y prêtait bien. Puis récemment, lors d’un repas, j’ai été touchée par l’abondance de légumes colorés qui garnissaient mon assiette. « Que c’est beau! » Je me suis sentie tellement privilégiée en pensant à tous ceux et celles qui n’ont pratiquement rien à se mettre sous la dent et à tous ceux et celles qui meurent de faim chaque jour… Je désirais tellement que tous puissent être comblés autant que moi!

Je me suis dit : « Qu’est-ce que cela me donne d’avoir une assiette bien garnie si je suis seule à manger à ma faim? Qu’est-ce que je peux faire, à part donner de l’argent à des œuvres? » Alors, j’ai demandé à Jésus, avec un profond désir comme jamais, de multiplier mes aliments. Il faut dire que le texte du bénédicité que je chante et les gestes qui l’accompagnent s’y prêtent bien : « Nos cinq pains et nos deux poissons, oui, Seigneur, nous te les offrons, multiplie-les pour la faim des hommes pour qu’ensemble nous chantions ton Nom. Amen. »

Vous savez, lorsque l’on est touché jusque dans nos entrailles et que monte en nous un tel désir, Jésus ne peut que nous l’accorder. Lorsque je chante mon bénédicité, je sens vraiment qu’il se passe quelque chose, surtout aux paroles : « multiplie-les pour la faim des hommes ». Le Souffle est alors plus fort en moi, je prends un moment d’arrêt, de silence, je suis en communion, je prie. Puis je termine mon chant.

Pendant ce moment d’arrêt, de prière, je demande au Seigneur de combler aussi, autres que la faim physique, les faims de toutes sortes : amour, dignité, justice, paix, vérité, douceur, transcendance, etc., pour que nous vivions tous ensemble en Dieu et le louions dans la joie afin de faire communion et devenir un seul corps, le Corps du Christ.

Quelque part dans le monde, j’en suis convaincue, la nourriture et les grâces abondent et l’espérance, la foi et la charité renaissent.

Je suis certaine que cette expérience du bénédicité a été possible parce que, depuis le confinement, je prends beaucoup plus mon temps pour manger. Mon sens du goût s’est même développé. Chaque aliment goûte vraiment bon! Cette expérience est probablement due aussi à une nouvelle façon de manger que j’expérimente depuis quelques mois, en m’alimentant pour procurer à mon corps assez d’énergie pour fonctionner pendant quelques heures, jusqu’au prochain repas. C’est comme une nouvelle relation à mon corps, je dirais de respect, et aux aliments, comme agents bienfaiteurs. Manger consciemment, non par habitude ou par compulsion. Manger par amour de soi et être reconnaissante.

Je me surprends à chanter mon bénédicité (dans mon cœur) n’importe quand et n’importe où : dans ma cuisine, occupée à préparer les repas, à l’épicerie, dans l’abondant rayon des fruits et légumes ou en regardant mes plants de haricots pousser à vue d’œil.

Avec le bénédicité, est arrivé aussi un désir assez fort d’avoir un petit potager urbain ainsi que recycler des aliments au lieu de les jeter au compost, tels les bouts de carottes bios, pour faire pousser des fanes pour les manger et aussi pour avoir des graines à semer le printemps prochain, la base des pieds de céleri et les noyaux d’avocat.

Je dirais même que la prière de ce bénédicité a engendré en moi une communion encore plus grande avec la terre, notre mère nourricière. Comme la conscience d’un tout indissociable dont nous faisons partie.

De plus, à tout moment du jour, j’aime prier ainsi, en présentant mes mains ouvertes : « Seigneur, regarde, je n’ai que cinq pains et deux poissons, je me sens bien pauvre, petite et démunie, mais multiplie-les et, ensemble, nous ferons des merveilles d’Amour. Amen. »

***

Afin de ne pas me laisser seule avec mon expérience de multiplication, la semaine passée, j’ai été amenée, par hasard, à visionner une vidéo de Sœur Emmanuel Maillard de Medjugorje. Cette vidéo ouvre sur une dimension très intéressante de la multiplication, de l’abondance, telle que vécue par le prophète Élie et la veuve de Sarepta, multiplication qui, finalement, peut prendre différentes formes.

Les multiplications, cela existe encore! https://www.youtube.com/watch?v=K1tM5VZqIos