Ma relation à Dieu

Au fil de mon expérience spirituelle, les images que je me faisais de Dieu, bien souvent inconsciemment, ont été transformées. Tout d’abord, je voyais un Dieu seul, mon père, créateur de tout l’univers et dont j’étais l’enfant. Puis, de père, Dieu est aussi devenu un frère par Jésus. Puis, l’image trinitaire a été formée par l’ajout de l’Esprit-Saint. De frère, Jésus est devenu époux. Cet époux dont la mère Marie est devenue aussi ma mère, un Dieu-mère. Puis, mon image de Dieu s’est encore multipliée par la communion des Saints, par tout le peuple de Dieu, son Église et son Royaume. «Le Royaume de Dieu est une nouvelle relation de l’homme à Dieu»[1], relation basée uniquement sur l’amour.

J’avais de la difficulté à comprendre les gens qui me parlaient d’un Dieu vengeur, d’un Dieu colérique et destructeur tel que décrit dans l’Ancien Testament. Ce Dieu, avec qui plusieurs Québécois avaient cessé toute relation, ne correspondait pas à l’image de Dieu que je me faisais. Je  suis née  en même  temps  que  Vatican II, en octobre 1962. Le Dieu que j’ai toujours connu était un Dieu présent, un ami auquel on se confie, avec qui on converse et à qui l’on chante sa joie. Un Dieu qu’on loue, qu’on remercie et qu’on prie.

Je pense que mes images de Dieu ont évolué parallèlement à mon expérience spirituelle et aussi en réaction aux divers évènements de ma vie : un Dieu-aide, un Dieu-protecteur, un Dieu-inspirateur, un Dieu-consolateur, un Dieu-absent, etc., pour devenir un Dieu miséricordieux. Maintenant, l’image que je me fais de Dieu c’est un Dieu-Présence en communion avec mon cœur profond, un Dieu que je porte en moi. Ce n’est plus une image extérieure, car Il est à l’intérieur.

Ma relation à Dieu me permet de vivre une liberté intérieure, d’expérimenter le salut, i.e., de m’élever au-dessus de ma condition humaine pour entrer en relation avec Celui qui est la Vie et ainsi découvrir mon identité spirituelle. En 1995, j’ai eu une grande crise d’identité de l’âme. Cela a été, selon moi, ma plus belle conversion. En tant que personne humaine, je savais qui j’étais, mais je voulais saisir l’essence profonde de mon être, la connaître, la  comprendre et vivre d’elle, vivre avec mon âme. C’était le désir manifesté cherchant à s’épanouir. À  cette époque, j’animais un groupe pour les adolescents, PastoJeunesse, avec une animatrice en pastorale et un prêtre nouvellement ordonné dont j’avais assisté à l’ordination. Ces deux personnes, ces témoins que je côtoyais, ont guidé, sans le savoir, mon désir et cela  a  été pour moi  le début  d’une  nouvelle  relation à Dieu.

L’être humain est un être de relation, sans relation, il n’existe pas, il est voué à la mort, i.e., au non-déploiement de son être, de son identité profonde. La relation est la révélation de soi à soi-même, elle est porteuse de vie aux autres et elle est nourrie dans notre cœur profond par Dieu. Je pense qu’il s’avère difficile de séparer les trois types de relation : à soi, aux autres et à Dieu, car ces relations sont inter-reliées les unes aux autres par le cœur profond. Ce dernier est le lieu d’échanges constants et infinis. Le cœur à cœur avec soi permet le cœur à cœur avec les autres et le cœur à cœur avec Dieu et inversement. On ne peut parler d’expérience spirituelle sans parler de relation, même de la relation à la création, car nous faisons partie intégrante de cette création.

La prière est pour moi la façon d’entrer en relation avec Dieu qu’elle soit adoration louange, glorification, remerciement, intercession, lecture de la Parole, chant ou douce soumission à sa volonté. La prière idéale, pour moi, est un état de communion à Dieu dans  chaque moment de ma vie, c’est être avec Dieu dans le moment présent, ce présent « pénétré de la lumière divine »[2] où « nous sommes entièrement purifiés, lavés, nettoyés… …regardant vers l’éternité. »[3]



[1] Edward Schillebeeck, «La vie de Jésus» dans La politique n’est pas tout, Éditions du Cerf, 1988.

[2] Cyprian Smith, «La fusion et le débordement» dans Un chemin de paradoxe, Cerf, 1997, page 4.

[3] Ibidem.