Homélies

Voici deux homélies que j'ai écrites dans le cadre du cours « Comment actualiser la parole de Dieu pour aujourd'hui ? » suivi à l'Institut de pastorale des Dominicains :

  • « Le bon Samaritain »;
  • « Reconnaitre le Ressuscité et répondre à sa demande. »

Le bon Samaritain

Homélie d’après les lectures du 15e dimanche de l’année C

 

Livre du Deutéronome (30, 10 14)

Psaume 18 (8, 9, 10, 11)

Lettre de saint Paul aux Colossiens (1, 15 20)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (10, 25-37)

 

Ligne directrice : non pas, qui est mon prochain?, mais : suis-je un prochain pour l’autre?

 

« Pour mettre Jésus à l’épreuve… » Le docteur de la Loi voulait mettre Jésus à l’épreuve pour savoir si Jésus prônait ce qui est écrit et prescrit dans les Écritures. Jésus, en bon pédagogue, ne répond pas à sa question, mais il lui pose une question en retour pour que le docteur de la Loi dévoile la réponse en la trouvant en lui-même. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » Ha! Je me suis fait avoir…,  a peut-être pensé le docteur de la Loi; c’est moi qui ait donné la réponse… Je vais lui poser une autre question à laquelle il lui sera très difficile de répondre, car cette question me pose problème à moi aussi : « Et qui donc est mon prochain? »

Encore une fois, Jésus ne lui répond pas directement, il lui raconte une parabole. On pourrait penser qu’ainsi Jésus se protège, mais Jésus sait que le docteur de la Loi a une expérience de la Loi au niveau de la connaissance, qu’il en est un spécialiste. Jésus désire l’amener vers une pratique de cette Loi, non par l’obéissance à cette connaissance, mais par et avec le cœur.

D’ailleurs, les lectures d’aujourd’hui, la première lecture et le psaume, nous révèlent tour à tour que la Loi est dans notre bouche et dans notre cœur et qu’elle réjouit ce dernier afin que nous la mettions en pratique. Garder la Loi du Seigneur dans notre cœur, pas uniquement dans notre tête pour être un prochain pour l’autre.

Pour en revenir au docteur de la Loi de l’Évangile, sa rencontre avec Jésus lui permet donc de dépasser le seuil de la connaissance de la Loi de Dieu par l’illustration d’une mise en pratique concrète et qui interpelle : être saisi de pitié, faire preuve de bonté, être un prochain pour l’autre. Par la parabole, Jésus le guide sur le chemin qui mène de la tête au cœur.

Dieu lui-même a été saisi de pitié à l’appel de son peuple et Il a envoyé son Fils pour répondre à cet appel. Notre Dieu est un Dieu qui s’est fait proche par Jésus en venant vivre parmi nous. Jésus a accompli la Parole, en mettant en pratique la Loi de Dieu son Père, par sa bonté, par sa bienveillance. Il a été touché, et sa réponse s’est traduite par ses enseignements, ses guérisons, son pardon des péchés et par sa mort sur la croix. Jésus est le prochain par excellence, celui qui a donné sa vie pour nous, afin que nous ayons la vie éternelle.

Pour certaines personnes, c’est dans leur nature d’être pleins de bonté, d’être bienveillants, peu importe les situations, d’être de bons Samaritains. Une amie à moi, qui est directrice d’un organisme communautaire, a ça dans le sang. Le but de sa vie est d’améliorer la qualité de vie des personnes en les soutenant et en les amenant vers des ressources. Cette femme, qui œuvre auprès de parents dont les enfants souffrent d’un désordre neurologique et d’adultes qui en sont atteints, me racontait qu’il y a quelques années, sa mère ayant subi une importante chirurgie, elle se rendait la voir en autobus dans un hôpital dans le nord-ouest de la ville. Mon amie était bouleversée, car elle ignorait l’état de sa mère. Elle n’en menait pas large, comme on dit. Lors de son transfert d’autobus, elle fut abordée par une femme d’une quarantaine d’années qui semblait elle aussi très bouleversée. Cette mendiante, bien mise de sa personne, avait les yeux remplis d’eau. Très mal à l’aise, elle demanda à mon amie, tout en lui spécifiant qu’elle avait honte de mendier, si elle n’avait pas un peu d’argent à lui donner. Elle précisait qu’elle venait quêter ici, car elle ne risquait pas de rencontrer des personnes de son quartier situé dans le sud-est de la ville. La plupart des gens, aurait été indifférent en l’ignorant, d’autres auraient donné de l’argent pour s’en débarrasser ou pour avoir bonne conscience et certains vraiment par compassion. Mon amie, qui n’avait pas un sous dans ses poches, que sa carte de débit, alla plus loin… Elle se mit à écouter cette femme qui lui racontait sa situation précaire. Elle oublia complètement ses propres soucis par rapport à l’état de sa mère. Cette femme lui raconta qu’elle était en attente de son assurance-emploi, qu’elle aurait un premier versement seulement dans les prochaines semaines. Monoparentale, elle avait deux enfants à nourrir. Son souhait était d’acheter du lait et du pain. Le minimum. Alors, mon amie lui parla des comptoirs de nourriture, des organismes de dépannage, etc. Elle lui dit : « Je vais vous aider à trouver les ressources de votre quartier. » Et elle prit en note son adresse courriel. La femme ne reçut pas d’argent de mon amie, mais de l’écoute humaine, du soutien et des ressources pour améliorer sa qualité de vie et lui redonner espoir.

Mon amie n’avait-elle pas un véritable cœur de compassion? Un cœur qui est régi par la loi de l’amour, à l’antipode de l’indifférence?

Le Pape François, nous propose justement de vivre le présent Carême de façon à contrer l’indifférence. Qu’est-ce qui pourrait bien contrer l’indifférence dans notre vie? Être saisi de pitié, faire preuve de bonté, devenir «Bienveillants comme Jésus. »

En ce temps de Carême, n’est-ce pas un bon moment pour nous pratiquer à être le prochain de ceux et celles qui nous entourent et de nous renforcer avec Jésus, par la lecture de la Parole et la prière? Descendons dans notre cœur, trouvons en nous le potentiel nécessaire pour répondre à l’appel de Jésus. Être présence pour l’autre, être à son écoute pour que l’autre, à moitié mort comme l’homme de la parabole, revienne à la vie. Être prochain, c’est permettre à l’autre d’exister. Nous pouvons aider les autres à se relever, à retrouver leur dignité de fils et de filles de Dieu, pour qu’ils découvrent leur valeur et qu’ils sachent qu’ils sont aimés de Dieu.

Nous entendons parler, dans notre société, de savoir et de savoir-faire ce qui n’est pas mauvais en soi. On y oublie peut-être, le savoir-être qui vient faire toute la différence, qui vient ajouter les dimensions humaines et spirituelles dans toutes nos relations avec les autres.

Pensons aussi aux moments où les autres se sont faits proches de nous, où ils ont été un prochain pour nous et aux moments où nous avons été un prochain pour quelqu’un…

Soyons des témoins de la bienveillance de Dieu.

Voir le monde tel que Dieu le voit c’est descendre de la tête au cœur pour être saisi de pitié, pris de compassion et devenir un être de bonté, un prochain pour les autres. « Tu aimerais le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » et surtout « Tu aimerais le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » dans l’autre et par l’autre.

Le Samaritain qui est un étranger, un non Juif, n’était même pas digne d’intérêt, il était rejeté. Tant qu’au prêtre et au Lévite, ils étaient pris dans l’observance de leurs lois. Pourtant, c’est le Samaritain qui prend soin de l’homme blessé parce qu’il a été saisi de pitié. Le cœur n’obéit pas aux lois, ni aux distinctions sociales, ethniques, culturelles, sinon à celle de l’amour fraternel, universel. À nouveau, le docteur de la Loi se retrouve interpellé dans ses croyances et, pour toute réponse, il reçoit de Jésus un envoi en mission : « Va, et toi aussi, fais de même. »

L’Évangile dite du « Bon Samaritain » aurait pu être appelée « l’Évangile de la rencontre », celle de l’être humain avec Dieu par le Christ. C’est cette rencontre qui permet ce mouvement de conversion de la tête au cœur. Par notre relation avec le Christ, notre regard est clarifié et nous pouvons voir comme Dieu voit. Dieu n’est pas un savoir, un concept, c’est un être de relations. Développons donc notre relation avec Lui, avec les autres et pourquoi pas, avec nous-mêmes afin que notre regard soit ajusté. 

Que notre rencontre et notre relation avec Jésus par la lecture de la Parole, la prière, par et dans les autres…, nous amènent à ouvrir notre cœur. Nous deviendrons de « Bons Samaritains » les uns pour les autres, le mur de l’indifférence tombera. Et si c’est au-delà de nos capacités, demandons à Jésus de nous accompagner, de nous soutenir et de nous enseigner comment être : des êtres d’amour, doux et humble de cœur. Comme l’amour c’est ce qui est de plus important, soyons des prochains remplis d’amour. Et si c’est par obligation, sociale ou familiale, qu’il y ait quand même et surtout de l’amour.

Allons, et nous aussi, faisons de même!

Reconnaitre le Ressuscité et répondre à sa demande

Homélie à partir des textes du troisième dimanche de Pâques de l’année B

 

Actes des Apôtres (3, 13-15. 17-19)

Psaume 4 (2, 4. 7,9)

Première lettre de Jean (2, 1-5a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (24, 35-48)                                                                                                     

Ligne directrice : Reconnaitre le Ressuscité, puis répondre à sa demande : devenir témoins.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les histoires d’esprit, de revenants, j’aime pas ça. Ça me fait peur. Ça me donne le frisson. Le cœur me débat, mes mains deviennent froides... Alors, imaginez la frousse des disciples de Jésus!

Tiens, je vous invite ce matin à vous placer dans la peau d’un de ces disciples. Histoire d’essayer de vivre leur expérience. Soit un des 11 apôtres ou un de leurs compagnons. Choisissez celui ou celle que vous voulez être.

Vous y êtes? Moi aussi. Alors… Nous venons de passer quelques jours, quelques semaines, quelques mois, voire même deux, trois ans avec Jésus. Nous l’avons suivi partout sur les routes de la Palestine. Nous avons mangé avec lui. Nous avons écouté ses enseignements. Nous avons assisté à ses miracles, ses guérisons. Puis, nous l’avons vu souffrir, se faire crucifier et mourir.

Jésus avait parlé de « résurrection », de rebâtir le temple en trois jours, mais nous n’avons pas tout compris, tout saisi.

Nous sommes probablement très tristes de sa mort. Nous sommes déçus aussi. Nous pensions qu’il nous libérerait de l’oppression romaine. Nous avons peur des Juifs, des Romains, peur qu’ils viennent nous chercher pour nous faire subir le même sort qu’au Christ. En plus, il y a aussi un peu de joie mêlée à tout ça. Deux disciples viennent juste de nous dire qu’ils ont vu Jésus sur la route d’Emmaüs.

Alors, imaginons dans quel état de confusion intérieure nous sommes quand Jésus, tout d’un coup, est présent au milieu de nous. Que ressentons-nous, à quoi pensons-nous? Ah!

C’est pour ça que la première parole de Jésus est : « La paix soit avec vous! » La paix?... Nous sommes dans un état d’étonnement total. Mais il n’y a qu’un état de paix intérieure qui peut nous prédisposer à reconnaitre les signes du Seigneur.

Puis, il nous dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur? » Ah, là, je suis certaine que certains d’entre vous le reconnaissent déjà. N’oubliez pas que vous êtes un de ses disciples.

Qui d’autre que le Christ peut lire de cette façon dans nos cœurs? Qui d’autre peut connaître la moindre de nos pensées? Ah! Non? Personne ne le reconnait?

Alors Jésus nous dit : « Voyez mes mains et mes pieds… » Ah! Là, c’est sûr, nous le reconnaissons tous, n’est-ce pas? Nous touchons ses mains, voyons ses pieds. Ah! Non? Même malgré ces preuves. Malgré Jésus qui se fait si rassurant? Bon…

Alors, il nous demande à manger… Puis, il mange devant nous. C’est bien lui dans son corps comme avant, ce n’est pas un revenant. Nous ne le reconnaissons toujours pas?

Alors, comme aux disciples D’Emmaüs, il ouvre notre intelligence aux Écritures.

Ah! Là, nous comprenons, nous le reconnaissons…

Ah! Mais ce n’est pas terminé, il y a plus. Jésus nous envoie en mission, en disant : « À vous d’en être les témoins. » 

Oh! Regardez tout le cheminement qu’il nous a fallu faire pour que nous le reconnaissions. Plutôt, pour que les disciples qui avaient vécu avec lui le reconnaissent.

Si ses propres disciples ont mis tout ce temps-là à reconnaître Jésus ressuscité, nous, dans notre propre vie y parvenons-nous? Surtout dans les autres. Vous savez, ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui nous dérangent, ceux qui nous tapent sur les nerfs…

Oui, reconnaître le Ressuscité dans notre vie, c’est primordial, mais il y a plus. Nous sommes invités à aller plus loin. Jésus nous demande d’être les témoins de sa souffrance, de sa résurrection d’entre les morts. De proclamer, en son nom, la conversion par le pardon des péchés à toutes les nations.  

Demandons-nous ce matin, comment, dans notre vie quotidienne, nous pouvons répondre à cet appel. Quel est notre témoignage?

La mission de témoigner est une responsabilité, un engagement. C’est notre engagement baptismal.

Jésus nous demande d’annoncer cette bonne nouvelle à d’autres pour qu’ils puissent eux aussi se convertir à leur tour, vivre en Dieu, devenir des témoins et ainsi de suite…

Je ne veux pas vous faire peur avec des histoires de revenants, mais le Dieu invisible a besoin de nous. Il a besoin de notre témoignage visible. Jésus nous appelle à continuer l’œuvre qu’il a commencé. À poursuivre son incarnation avec ce que nous sommes et là où nous sommes. À être ses bras, ses mains, son cœur.

Plusieurs personnes autour de nous peuvent être des modèles, des témoins inspirants! Il y en a un qui est un témoin assez étonnant. Un que le monde entier a sous les yeux depuis deux ans. C’est un chrétien qui a fait la rencontre du Ressuscité. Qui sait le reconnaitre en tous. En particulier, chez les plus pauvres. Il témoigne quotidiennement. Il nous invite d’ailleurs à témoigner par des gestes et des attitudes avant même que par des paroles.

Vous devinez? Eh Oui, le pape François! Dès son élection comme pontife, ce pape a surpris plus d’un par sa simplicité. Il s’est montré au balcon en vêtements blancs. Puis, il a préféré dormir dans la résidence Sainte-Marthe plutôt qu’à l’appartement pontifical. Il va à l’encontre du décorum de la curie romaine. Il se débarrasse de tout l’attirail. Le Jeudi Saint, il a lavé les pieds des prisonniers. Et depuis, il a fait bien plus…

Récemment, il a demandé à la mafia italienne de se convertir… C’est pas rien. Il a le courage d’aller à contre-courant. Il a le courage d’être, de dire et de faire en cohérence avec le Dieu qu’il porte, le Dieu qu’il représente.

En deux ans, le pape François est devenu un modèle. On parle même de « style François » pour décrire le mode de vie simple et sobre que plusieurs personnes du clergé adoptent.

Son témoignage ne se fait pas par de beaux discours académiques, mais par un engagement personnel. Cet engagement, il le vivait déjà en Argentine avec les plus pauvres des pauvres.

François nous dit que tout chrétien est appelé à aller à la rencontre des autres. À dialoguer avec eux. Surtout ceux qui ne pensent pas comme nous (vous savez, ceux qui nous dérange, ceux qui nous tapent sur les nerfs), ceux qui ont une autre foi et même ceux qui n’en ont pas. Il nous invite à aller à la rencontre de tous, sans peur et sans renoncer à notre appartenance.

François nous dit que c’est le Souffle de l’Esprit du Ressuscité qui nous guidera. Ce même Souffle qui a poussé les disciples de Jésus à témoigner après leur rencontre avec le Ressuscité. Le même qui nous pousse à sortir de notre confort pour nous conduire vers toutes les nations, en commençant par là où nous sommes.