20. mai, 2019

Faire Église autrement

En cette fête de saint Bernardin de Sienne, je vous offre un texte que j’ai écrit il y a quelques années.

(Saint Bernardin était Franciscain. Il a vécu de 1380 à 1444. Il était un prédicateur très populaire qui prêchait l’amour de Dieu et le nom de Jésus. Il invitait les chrétiens à voir au-delà du monde déchiré[1] dans lequel ils vivaient. Son message est toujours très actuel…)

Pour la fête de saint Bernardin de Sienne, j’avais décidé d’aller à la messe de 9 heures dans ma paroisse d’origine. Toutes les fois que je passe sur l’autoroute 40 ouest, je prends le temps de regarder cette église comme pour y puiser la force de continuer le chemin. Surtout lorsque j’étais en route pour le Pèlerin, pour y suivre ma formation en accompagnement spirituel. De plus, je me sens attachée à saint Bernardin, car j’ai découvert récemment que la dimension de l’amour chrétien était le centre de sa prédication et qu’il priait le nom de Jésus, ce que je fais naturellement depuis des années. Il est un de mes compagnons de route.

J’arrive toute joyeuse, car depuis des mois, je désire assister à une messe à l’église où j’ai vécu mes premiers sacrements : le baptême, la première communion, le pardon et la confirmation.

Plusieurs autos sont stationnées aux abords de l’église. Je m’attends à une grande fête. Je suis juste à l’heure. Je cherche un stationnement. Je cours vers le devant de l’église.

Quelle déception! Les portes sont barrées.

Une dame me dit que les autos appartiennent aux employé(e)s de l’école d’en face.

Je me rends à une porte de côté, une affiche de la Ville de Montréal condamne le lieu à la fermeture.

Je me rends à la porte du presbytère. Il y a une lumière à l’intérieur. Je sonne. Un religieux me répond et me confirme que l’église est fermée depuis un an sur ordre de la Ville de Montréal pour insalubrité.

Effectivement, de l’extérieur, on voit que le toit est un peu en décrépitude. Elle est belle pourtant cette église! Elle est toute en pierre. Elle ne date que de 1959… On l’a délaissée? Il parait qu’on va la démolir et en reconstruire une plus petite. Le religieux se demande si elle va être fréquentée…

Je ne peux même pas aller faire une petite visite. Les ordres sont les ordres. Voyant mon désarroi, le religieux m’invite à la messe du lundi à 16 h dans une chapelle située au presbytère. Il me dit qu’il est triste de ne pas avoir accès à l'église, que la vie n’est plus là.

Je suis tellement déçue… En marchant vers mon auto, comme une consolation et une vérité, j’entends d’une voix neutre : « L’Église doit se vivre autrement, Martine. » Mais je pleure.

Est-ce toi Seigneur? Ou plutôt, est-ce toi saint Bernardin?

En route, de me dépêche d’écrire, aux feux rouges, « L’Église doit se faire autrement, Martine » pour ne pas oublier. Puis je fais silence et laisse monter en moi la réflexion. Que sont les églises? Elles ne sont plus nécessairement ces lieux physiques que nous connaissons. Elles sont plus que cela. Qu’est-ce qui constitue l’Église de Dieu? Ce sont les communautés nouvelles, les communautés religieuses, les familles spirituelles, les communautés de priants unies les unes aux autres dans l’invisible.

Oui, c’est ça l’Église de Dieu! Une communauté de croyants et de croyantes liés les uns aux autres. La grande famille de Dieu est unie dans l’invisible. Nous sommes appelé-e-s à apprendre à faire Église autrement et à voir, au-delà de notre monde sans dessus dessous, la lumière et la vie qui y règnent.

 

(Pour visiter de magnifiques églises de Montréal, je vous invite à aller sur https://mesquartiers.wordpress.com/2017/11/21/top-15-des-plus-belles-eglises-contemporaines-a-montreal/)

 


[1] Magnificat, Mai 2019, page 289.