19. sept., 2017

Un sens à la souffrance?

Quand j’étais adolescente, vers l’âge de 15 ans, j’avais écrit, de façon très sérieuse, une liste de diverses choses que je désirais accomplir une fois devenue adulte. Je me souviens avoir écrit : voyager, publier un livre, trouver un remède contre le cancer pour arrêter la souffrance. 

Cette nouvelle maladie, le cancer, dont nous entendions de plus en plus parler à l’époque (années ’70), me semblait mystérieuse, je ne comprenais pas pourquoi elle faisait souffrir tant de monde et surtout pourquoi on ne trouvait pas de remède pour l’arrêter. « Les médecins ne savent pas comment trouver la solution, moi, je le saurai! », pensais-je, alors.

Au fond, je n’acceptais pas la souffrance. Pour moi, la souffrance n’avait pas de sens, elle n’était pas logique. La vie se devait de n’être que de la joie et du bonheur. Peut-être est-ce parce que je souffrais moi-même et que je n’y avais pas trouvé de sens? Parce qu’une fois par mois, j’avais les entrailles qui s’entredéchiraient à cause de crampes menstruelles intenses qui me paralysaient pendant des heures et qui me coupaient l’appétit? Parce que j’avais des douleurs de dos chroniques qui me surprenaient jour et nuit, peu importe où j’étais, et qui m’empêchaient de respirer? Parce que j’étais témoin des ravages causés par l’alcool sur la vie de mon père et sur son entourage?

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Il n’y a qu’à regarder tout ce qui se passe de souffrant de par le monde, les diverses maladies, les guerres, les génocides, les catastrophes naturelles, mais aussi la violence physique, verbale, psychologique, etc. dans les maisons, dans la rue, dans les cours d’école, mais aussi la légalisation de l’euthanasie, de l’avortement, du cannabis, etc., pour s’apercevoir que la souffrance prend divers visages.

Quarante ans plus tard, est-ce que je veux toujours arrêter la souffrance? Même si je le voulais, je ne peux pas, car elle est une réalité de la vie humaine. Elle fait partie intrinsèque de la vie. La dénier c’est ne pas accepter de vivre son humanité, sa finitude. Par contre, y donner un sens et aider les autres à s’en sortir, c’est possible!

Je pense à tout cela, car, récemment, je me suis fait enlever un kyste dans une main. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle douleur dans mon corps… Vous savez, comme un poignard qui creuse dans votre main en plein milieu de la nuit…

De naturel, depuis quelques années, j’offre au Seigneur des personnes, des événements, des petits maux physiques, etc. Donc, quarante ans plus tard, je ne fais pas que me concentrer, me calmer et attendre que ça passe, car je ne suis plus seule pour vivre mes souffrances. Je les associe à celles du Christ. Cela ne m’empêche pas de prendre un comprimé pour la douleur et d’avoir hâte que ça s’estompe. Je suis humaine, quoi!

Je pense que c’est dans la façon dont nous décidons de vivre la réalité de la souffrance qui fait toute la différence. Nous ne cherchons pas la souffrance et nous ne voulons surtout pas nous y vautrer, mais, lorsqu’elle se présente sous une forme quelconque dans notre vie, l’accueillir et y donner un sens fait toute la différence. La meilleure façon d’y donner un sens est de détourner notre regard de nous-mêmes et de regarder le Christ sur la Croix. Ainsi, tout est sanctifié, même le plus petit maux, la plus petite impatience.

De plus, le Christ n’a-t-il pas dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mathieu 11, 28-30)

Marie aussi nous inspire, car son regard était, parait-t-il, constamment tourné vers son Fils. Elle est notre grande consolatrice. Elle veille constamment sur nous. N’hésitons pas à la prier et lui demander de nous prendre dans ses bras.

Aller chercher de l’aide pour faire soigner notre corps, notre psyché et notre cœur profond et agir concrètement pour améliorer notre qualité de vie ainsi qu’aider ceux et celles qui en sont incapables seuls, c’est notre responsabilité.

Par contre, soyons assurés que tout ce que nous offrons au Seigneur, le beau comme le moins beau, le bon comme le moins bon, en communion avec nos frères et sœurs, fait œuvre de salut et contribue à l’avènement de son Royaume d’Amour.